L’accident vasculaire cérébral fait-il partie des maladies cardiovasculaires ?

Mars 2019. Cancer Combat boucle une enquête de grande ampleur sur la santé, une démarche menée à partir des données du registre national. Objectif : comprendre si le bruit des éoliennes influence l’apparition de troubles cardiovasculaires, la dépression, l’hypertension artérielle, les problèmes de sommeil, le diabète ou le poids à la naissance.

Derrière cette étude, on retrouve le Ministère de la santé et des aînés, le Ministère de l’environnement et de l’alimentation, ainsi que le Ministère de l’énergie, de l’approvisionnement et du changement climatique. Tous ont financé cette recherche entamée en 2013.

Pour mesurer les effets, le bruit généré par les éoliennes a été modélisé pour chaque habitation se trouvant, entre 1982 et 2013, dans un rayon de 6 km d’un moulin à vent. Les participants ? Des adultes de 25 à 84 ans, présents sur le registre des RPC, et ayant résidé au moins un an dans ces logements, soit jusqu’à cinq ans avant l’installation de l’éolienne à la fin de 2013. Les chercheurs disposaient d’informations précises sur l’adresse de chaque personne, couvrant les cinq années précédant leur entrée dans l’étude et jusqu’à cinq ans après leur éventuel déménagement. Les diagnostics de maladies ont pu être établis grâce au croisement entre le registre de la RCR et d’autres fichiers nationaux.

Voici la recommandation du Conseil de la santé adressée aux membres du Comité de l’approvisionnement en énergie et du climat, concernant la démarche scientifique retenue :

Dans la suite, retrouvez les points-clés des avis du Conseil de la santé, portant sur chaque article scientifique issu de cette vaste étude. Pour accéder à l’intégralité des articles 1 à 4, un paiement peut être requis.

1. Vaisseaux cardiaques : impact à court terme

L’analyse met en regard les informations tirées du registre des accidents vasculaires cérébraux et des caillots au cœur avec l’exposition au bruit (extérieur et intérieur) des éoliennes durant la nuit, sur les quatre jours précédant la survenue du caillot ou de l’AVC. En savoir plus ici.

Ce qu’en retient le Conseil de la santé : l’étude n’apporte pas de preuve solide d’un lien entre le bruit des éoliennes et le déclenchement d’un caillot ou d’un AVC. Cependant, une exposition nocturne à basse fréquence, à l’intérieur, pourrait constituer un facteur de risque pour certaines maladies cardiovasculaires, alors que le bruit extérieur ne semble pas jouer ce rôle. Les résultats sont prudents : le nombre de cas reste limité et la part du hasard n’est pas écartée. Les auteurs insistent sur la nécessité de poursuivre les recherches avant d’établir une relation de cause à effet.

2. Diabète

L’étude s’attache ici à l’exposition nocturne de longue durée au bruit des éoliennes (extérieur et intérieur) dans le logement, et au risque d’apparition d’un diabète entre 1996 et 2012. Lire plus ici.

Ce que conclut le Conseil de la santé : aucune corrélation n’a été constatée entre une exposition prolongée au bruit des éoliennes durant la nuit et un risque accru de développer un diabète.

3. Hypertension artérielle

Cette publication examine le lien entre le bruit des éoliennes et la délivrance d’ordonnances de médicaments contre l’hypertension artérielle. En savoir plus ici.

Le Conseil de la santé note que, globalement, aucun lien n’a été observé entre une exposition nocturne à long terme au bruit des éoliennes, qu’il soit extérieur ou intérieur, et la consommation de traitements antihypertenseurs. Cela rejoint les rares études existantes sur le sujet. Cependant, quelques indices faibles laissent penser qu’il pourrait exister une corrélation chez les plus de 65 ans, ce qui appelle à de nouvelles investigations.

4. Faible poids à la naissance

Cette analyse compare l’exposition au bruit des éoliennes (extérieur et intérieur) pendant la grossesse, et le risque d’accouchement prématuré, de naissance avec un poids insuffisant pour l’âge gestationnel, ou de faible poids chez les enfants nés à terme. En savoir plus ici.

Le Conseil de la santé souligne que l’étude n’a pas identifié de lien entre l’exposition moyenne au bruit des éoliennes pendant la grossesse et les trois critères de naissance évalués. Malgré une couverture complète de toutes les grossesses au Danemark depuis 1983, très peu de femmes ont été exposées à des niveaux de bruit supérieurs à 42 dB ou à plus de 15 dB de basse fréquence à l’intérieur. Cette faible représentativité impose une certaine prudence dans l’interprétation des résultats. Les chercheurs recommandent que des études similaires soient menées ailleurs avant de dégager une certitude.

5. Vaisseaux cardiaques : influence à long terme

Cette partie de la recherche se penche sur l’exposition à long terme au bruit nocturne des éoliennes (extérieur et intérieur) et le risque d’apparition de caillots cardiaques ou d’AVC entre 1982 et 2013. En savoir plus ici.

Les analyses révèlent que, pour les expositions nocturnes extérieures dépassant 24 dB(A) et les bruits de basse fréquence intérieurs supérieurs à 5 dB(A), on observe une légère augmentation du risque de caillot cardiaque par rapport à des expositions plus faibles. Mais dans les groupes les plus exposés, au-delà de 42 dB(A) pour l’extérieur et 15 dB(A) pour l’intérieur, le nombre de cas reste très limité : 47 et 12 cas de caillots cardiaques, respectivement. En ce qui concerne les accidents vasculaires cérébraux, les résultats sont comparables pour les expositions inférieures à 42 dB(A), mais une exposition extérieure supérieure à ce seuil semble au contraire associée à un risque moindre d’AVC. Les auteurs reconnaissent ne pas disposer d’explication biologique à ce phénomène. Au total, 23 cas d’AVC étaient recensés dans ce groupe.

Au vu du faible nombre de cas dans les catégories les plus exposées, les chercheurs estiment qu’aucune affirmation définitive ne peut être posée. Ils invitent à élargir l’échantillon dans les futures recherches. Leur conclusion globale : aucune preuve convaincante n’a été mise au jour entre le bruit des éoliennes et un risque accru de caillot cardiaque ou d’AVC.

6. Dépression et antidépresseurs

Ce volet compare l’exposition à long terme au bruit nocturne des éoliennes (extérieur et intérieur) et le recours aux médicaments pour le sommeil et les antidépresseurs, utilisés ici comme indicateurs indirects des troubles du sommeil et des états dépressifs, de 1996 à 2013.

Dans le groupe ayant été exposé pendant cinq ans à un niveau moyen nocturne supérieur à 42 dB(A), des signes d’association sont apparus avec une hausse du rachat de prescriptions de somnifères et d’antidépresseurs, comparativement à ceux exposés à moins de 24 dB(A). Aucune tendance n’a été détectée pour l’exposition à la basse fréquence intérieure.

Chez les plus de 65 ans, l’étude pointe une association entre exposition élevée et augmentation du recours à ces médicaments. Rien de tel chez les moins de 65 ans.

Les auteurs observent donc des signes d’association entre un niveau élevé de bruit nocturne extérieur d’éoliennes et un risque accru de première délivrance de médicaments pour le sommeil et d’antidépresseurs, surtout chez les seniors. Aucune tendance claire n’a été observée pour le bruit de basse fréquence. Comme il s’agit d’une première étude sur ce thème et que de nombreux groupes comptent peu de participants, ils recommandent de reproduire ces analyses ailleurs.

Le communiqué de presse du Conseil de la santé accompagné des six publications scientifiques :

Les résultats ne permettent pas d’établir de lien avéré entre l’exposition prolongée au bruit des éoliennes et l’apparition de caillots cardiaques ou d’AVC. L’étude n’a pas non plus trouvé de lien entre l’exposition à long terme au bruit des éoliennes et le développement d’un diabète, ni entre l’exposition durant la grossesse et des issues négatives à la naissance. Concernant le recours pour la première fois à des somnifères ou à des antidépresseurs, une corrélation apparaît chez les plus de 65 ans exposés à un bruit élevé, des signaux faibles étant aussi notés pour les prescriptions d’antihypertenseurs.

Les groupes exposés aux niveaux sonores les plus élevés sont généralement peu nombreux, ce qui pousse les chercheurs à appeler à la vérification de ces résultats par d’autres équipes indépendantes.

Vous pouvez consulter l’information du ministre de la Santé sur l’étude de santé terminée au Comité Folketing Health and Aînés.

Le communiqué de presse danois Vindmølleforening et Vindmølleindustriens à la fin de l’enquête sanitaire est également consultable.

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